Saint-Gervais, le 30 juin 2004

 

 

Département de l’aménagement, de l’équipement et du logement

Police des constructions

5, rue David Dufour

1211 Genève

 

 

 

 

Concerne : requête en autorisation N° 99 197, aménagement de locaux pour

                             exposition-musée et espace événementiel

 

 

 

 

Madame, Monsieur,

 

Notre association a pris connaissance du projet déposé par Swatch Telecom, Felder et son mandataire Monsieur P. Brühlmeier, architecte, pour la transformation d’une partie du bâtiment dit « de la Machine ».

 

Ce bâtiment, emblématique de la rade de Genève, appartient au patrimoine commun. Il s’est inscrit dans le développement de l’alimentation en eau des fontaines de Genève, puis de manière éphémère en courant électrique, et enfin de lieu marquant de manière significative comme étant le seul pont entièrement piéton enjambant de part et d’autre le Rhône. La Machine, lieu entre les rives et espaces de rencontre, renforcé qu’il en est depuis l’installation de deux arcades fort utiles à la vie de Genève. Le service d’information de la Ville et aussi l’arcade d’information des SIG où l’on peut se renseigner sur les fluides que l’on utilise tous les jours.

 

Notre association estime qu’un tel site doit pouvoir profiter au plus grand nombre de Genevois et d’hôtes de notre cité. La volonté affichée de créer un espace destiné à l’exposition de montres ne nous semble pas remplir un objectif que l’on voudrait le plus large possible, dans un espèce de forum, même si notre cité à connu entre

 

 

 

 

autre son essor notamment à travers la fabrique et les cabinotiers qui formaient la population laborieuse du quartier de Saint Gervais sur laquelle se trouve administrativement installée la Machine. Mais ce dernier bâtiment, à part le

clocheton, remanié à diverses reprises, avec plus ou moins de bonheur, n’a jamais connu de destination horlogère.

 

L’idée de créer une brasserie en cet endroit, même s’il appartient à SIG, société autonome de droit public, nous paraît répondre bien à une attente, une demande des Genevois. Déjà en 1991, l’idée d’y voir un espace ouvert au public était évoqué dans la presse[1].

 

Plus récemment, le Journal « Le Temps »[2] y consacrait une quasi pleine page sous le titre évocateur « Au Pont de la Machine, l’amertume des Genevois ». Le Conseil municipal de la Ville de Genève prenait le relais le 23 février de la même année à travers une motion intitulée « Pour une brasserie au pont de la Machine ». En consultant le Mémorial[3] de ce Conseil, on peut lire que l’ensemble des partis qui se sont exprimés lors de ce débat se prononcent pour  ce type d’équipement. Le démocrate-chrétien Guillaume Barazzone constate qu’ « aujourd’hui, les gens demandent d’avoir des endroits pour se retrouver au bord du lac, au bord de l’eau.(...) il est dommage de mettre un musée sur le pont de la machine au lieu d’une brasserie ». La socialiste Nicole Valiquer Grecuccio dit que « ce bâtiment est un élément significatif du paysage genevois et qu’il mériterait donc une affectation beaucoup plus collective que celle envisagée à ce jour ». Le radical Michel Ducret affirme « nous ne voulons pas d’un énième musée de l’horlogerie » alors que la représentante de l’Alliance de Gauche Gisèle Thiévent dit : « l’idée d’un lieu qui reste ouvert sur le pont de la Machine me séduit et me semble importante ». Quant aux Verts, « ils sont tout à fait favorables à ce projet de brasserie au cœur de la cité ». Enfin le libéral Alexis Barbey est « attaché à ce que le bâtiment du pont de la Machine reste un lieu public, mais sans a priori sur le choix d’un café, d’une brasserie ou de je ne sais quoi d’autre ».

 

Nous l’aurons compris, une réelle demande existe afin de laisser cet espace à une vocation ouverte et publique, ce qui est difficilement conciliable avec un musée, même disponible à l’événementiel. Les affaires de braquage ou de cambriolage d’arcades horlogères, voire du musée de l’horlogerie de Malagnou, dont est émaillée l’histoire de Genève, récente ou ancienne, ne peuvent que nous faire craindre l’installation de dispositif de sécurité peu compatible avec une disponibilité publique sur la cité de cet espace qui s’y prête merveilleusement.

 

 

 

Notre association ne peut que souhaiter que ces observations puissent permettre une réflexion des requérants et de son mandataire, ainsi que du propriétaire de l’ouvrage, afin que soit transmis un sentiment partagé alors qu’il est encore temps.

 

Nous vous adressons, Madame, Monsieur, l’expression de notre haute considération.

 

Pour les habitants associés de Saint-Gervais (HASG)

 

Isabelle Greiner                                                  Roberto Broggini



[1] Tribune de Genève du 16 avril 1991 (voir annexe)

[2] Le Temps du 27 janvier 2004, « Au pont de la Machine l’amertume des Genevois » (voir annexe)

[3] MCM, 161e année, N° 38, pp 4538 et ss.