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Manifeste pour un collectif
citadin
Vivre dans une ville, s'attacher à
un quartier, partager un immeuble, être chez soi, autant de
moments qui déclinent notre présence dans la ville...
Autant de moment que nous partageons tous mais cela veut-il dire
qu'ils doivent être pour tous pareils ?
Nous répondons non : une ville ne
peut être le lieu du pareil, elle doit être celui de
la différence. Il est aujourd'hui temps de penser les nouveaux
visages que l'on peut offrir au vivre-ensemble, car chaque ville
est le théâtre d'une multiplicité de modes de
vies qui sont autant de choix de vie à respecter, à
faire vivre, à faire coexister.
Nous ne somme pas seulement utilisateurs
ou faudrait-il dire consommateurs d'une ville, de ses parkings rentabilisés,
de ses espaces publiques aseptisés, de ses logements sociaux
standardisés mais nous déambulons et flânons,
nous avons besoin de rire et de fêter, de gagner notre vie,
de dormir et de nous cacher. Nous avons besoin de nous approprier
des lieux, de les transformer.
Il est urgent de repenser ensemble les standards
des espaces publics et commerciaux, ceux des logements sociaux et
de la construction. Les repenser et non pas les annuler afin de
donner corps à d'autres formes de la coexistence entre les
nouveaux modes de vie apparus ces dernières décennies
et le maintien des anciens.
C'est pourquoi nous avons fondé autour
de St-Gervais un collectif citadin. Un collectif qui doit servir
de lieu d'échanges et de dialogues, d'actions et de revendications
pour forger un autre visage aux lieux où l'on vit.
Pourquoi un "collectif" ? Parler
de collectif plutôt que d'association d'habitants de quartier
n'est pas un simple exercice de cosmétique. Notre collectif
est la rencontre autour d'un espace aux multiples limites - le St-Gervais
de l'administration municipale, celui de chacun de ses habitants,
celui du passant ou encore du visiteur - d'un ensemble de projets
: projets de rénovations d'immeuble, de baux associatifs,
de coopératives, de constitution et d'aménagement
de zones piétonnes, d'ouverture de bistrots et de magasins
de proximité. Tout ces projets ont pour souci le bien-être
des habitants, des visiteurs ou encore des travailleurs, et le maintien
de ce qui a fait la richesse de cette partie de la ville : sa diversité
et son caractère populaire.
Un collectif, car nous voulons travailler
en réseau afin de maintenir une incertitude sur les frontières.
En effet, St Gervais est le lieu où nous vivons, un lieu
familier qu'au fil des mois et des années nous avons appris
à connaître. Nous y sommes attachés et c'est
là que nous voulons intervenir. Mais St-Gervais, c'est aussi
un bout de ville, une partie d'un bien commun plus large. Le danger
serait alors de trop nous renfermer, de définir cet espace
comme notre espace, excluant alors le désir des autres citadins.
C'est là une dérive qui menace toute démocratie
de quartier et pour l'éviter nous voulons adopter des formes
qui à la fois vont puiser dans la ressource d'une consultation
locale et dans celle plus large d'un échange avec la cité.
Le collectif se fait donc autour de St-Gervais mais ne se clôt
pas sur le quartier. Le quartier avec son histoire y est présent
au travers de l'association d'habitants qui a su maintenir jusqu'à
nos jours un véritable espace pluriel et agréable
à vivre. Elle a su garder vivant un patrimoine et nous permet
aujourd'hui de débattre sur les solution à venir.
En s'élevant sur cette histoire, le
collectif veut permettre à différentes voix de se
faire entendre, il n'exclut aucune utopie, aucun souci pratique,
des projets les plus individuels au plus communs.
Car nous pensons que pour construire une
ville véritablement plurielle, il faut donner les conditions
matérielles à cette pluralité. Il ne suffit
pas de prôner un pluralisme des valeurs de bon aloi, alors
même que les modes de vie s'homogénéisent. Il
faut donner les possibilités matérielles à
une véritable variété de modes de vie dans
la ville. D'ailleurs, cette variété est aujourd'hui
en train de se construire de fait : que l'on songe aux coopératives
et aux baux associatifs, aux squats et aux contrat de confiance,
que l'on songe aux collectifs d'artisan et aux espaces culturels
alternatifs, que l'on songe encore aux discussion sur le partage
de la rue entre les différents utilisateurs (piétons,
vélos, voitures, skateboards, trottinettes...), aux aménagements
pour les touristes, aux zones résidentielles, que l'on songe
enfin aux grands complexes de cinéma, aux supermarchés
géants.
Néanmoins, l'administration et le
monde politique peinent encore à se départir des solutions
d'autrefois qui sont inscrites dans les normes, les procédures
et autres outils qui façonnent notre ville. Le monde politique
peine encore à oser des choix inédits, des choix proprement
politiques à même de trancher dans les exigences économiques
afin de les mettre au service de projets d'urbanisme cohérents.
Contre ces inerties involontaires et volontaires,
il est temps de donner forme aux mille projets qui habitent Genève.
Il est temps de penser des figures nouvelles de la cohabitation,
des standards plus souples, des solutions architecturales et d'aménagements
plus audacieuses.
A la mesure d'un quartier, notre collectif
désire porter quelques idées et proposer des solutions
alternatives. St-Gervais, c'est là où nous vivons
et c'est de là que nous faisons entendre notre voix. A l'instar
du droit au logement qui a su donner de l'importance aux besoins
des personnes, à la dignité de leur ancrage dans un
lieu contre le formalisme du droit à la propriété.
Nous voulons défendre une politique de la ville et du logement
qui sache donner une place à l'attachement des personnes
à des lieux familiers et humains et non pas seulement rendre
compte des logiques économiques qui font de l'habitant un
simple prix du loyer.
C'est pourquoi, notre collectif veut construire
une solidarité entre les habitants de St-Gervais, chacun
doit pouvoir venir avec son projet et dialoguer avec les autres.
Ce n'est qu'en s'ouvrant aux désirs les plus fous et les
plus sages que l'on peut espérer réaliser une véritable
tolérance. Donnons les moyens de faire vivre et de faire
coexister les aspirations les plus diverses : Si l'un désire
une vie tranquille sans politique et au chaud pourquoi pas ? Et
si l'autre veut une vie plus exposée et moins douillette
pourquoi pas ?
Il ne s'agit pas ici de remplacer une tyrannie
par une autre ou une morale par une autre mais de penser
la réalité d'une véritable cohabitation
autour d'un bout de ville, d'un lieu que tous aiment ! Il
s'agit ici et aujourd'hui de nous donner les moyens de penser
ensemble et de réaliser une ville qui puisse rimer
avec pluralisme !
Auteur: Luca Pattaroni,
2001, e-mail
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