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SEMINAIRE < WALTER BENJAMIN/CYBERTECHNIQUES > 2000-2001 _ SESSION 3 _ 06.12.2000
Ecole Supérieure d’Art Visuel. Genève. Suisse.Programme d’Etudes critiques curatoriales cybertechniques.
www.walterbenjamin.cjb.net
Webmaster Bohdan Stehlik. Email:sbohdan@worldcom.ch
Webmaster assistant Ivan Celaya. Email: ivancelaya@hotmail.com
Professeur Liliane Schneiter. Email: l.schneiter@dplanet.ch

Portrait mosaïque de Benjamin en dates, lieux,
et relations de travail et d’amitié.

Liliane Schneiter
Texte de novembre 1999 publié sur protocole du site.
www.walterbenjamin.cjb.net

Avril 1932, mai et juin. Ibiza. Embarquement en cargo à Hamburg pour Barcelone, puis Ibiza. Premier séjour de trois mois. “Ici on peut vivre, dans des conditions supportables, au milieu des paysages les plus superbes, pour tout juste soixante-dix ou quatre-vingts marks par mois” [lettre à Scholem]. Dans un contrat signé en octobre 1931 avec la Literarische Welt, Benjamin s’est engagé à remettre “une chronique berlinoise de deux cents à trois cents lignes dans un délai de trois mois” [Scholem, op.cit.] il continue de rédiger ses remarques “concernant l’histoire des rapports à Berlin” [id.]. Observateur attentif de l’actualité, Benjamin investigue les processus de mémoire, le souvenir involontaire, le surgissement d’une image frappante, et cherche une écriture spéciale dont la technique lui permettrait de projeter le passé comme image de pensée élucidant quelque chose du présent. Promenades et jeux de cartes avec un petit groupe composite de résidents, étrangers voyageurs et marins. Rencontres avec les habitants sur le pas-de-porte et aux terrasses de café. Début d’une chronique de voyageur par de brefs textes de situation.

Il “honore de son absence les cérémonies inaugurales du Troisième Reich”.

26 juillet 1932.
Lettre à Scholem depuis une chambre d’hôtel à Nice “(...) te dire la profonde fatigue qui m’a investi. (...) Ainsi beaucoup de mes travaux, bon nombre d’entre eux tout au moins, sont des victoires de détail, mais à quoi correspondent des défaites à grande échelle.” A ce nombre de défaites, il met les Passages parisiens, ses essais sur la littérature/Gesammelte Essays zur Literatur, non assemblés en un volume et “un livre sur le haschich d’une extrême importance”. Ces inaccomplissements désignent les “véritables champs de ruines ou de catastrophes” [B.Witte, op.cit.] de son existence à ce moment là. Le lendemain, il rédige son testament dans l’intention d’accomplir le projet de mettre fin à ses jours. Le fait qu’il n’avait quasi plus de possibilités de travail, - depuis la lente progression des nazis et le coup d’Etat de von Papen en Prusse, le 20 juillet 1932, a pu être une considération décisive. Il fait de Scholem l’héritier de ses manuscrits. Il désigne Egon Wissig comme exécuteur testamentaire. Il écrit encore à Ernst Schoen, Franz Hessel et Jula Cohn. A Jula Cohn “(...) tu sais qu’un jour je t’ai beaucoup aimée. Et même près de mourir, ma vie ne dispose pas de dons plus grands que ceux que lui ont conférés les moments où j’ai souffert pour toi.”

“Le caractère destructif vit dans le sentiment non que la vie soit digne d’être vécue mais que
se suicider n’en vaut pas la peine”.
Walter Benjamin. In: Images de pensée, op.cit. (1998)
“Le caractère destructeur ne vit pas du sentiment que la vie est digne d’être vécue, mais plutôt de celui que le suicide ne vaut pas la peine qu’il donne”. Walter Benjamin. In: B. Witte, op.cit. (1988)

Août 1932. Poveromo. Station termale en Italie où Benjamin reste jusqu’à mi-novembre et où il travaille à une pièce policière avec Wilhelm Speyer. Simultanément, il réécrit la Chronique berlinoise (texte narratif continu) pour réaliser Enfance berlinoise autour de dix-neuf-cents (petites proses) qu’il souhaite publier en volume chez l’éditeur Rowolt.

Hiver 1932-33. Berlin. Février 1933, prise de pouvoir par le parti d’A. Hitler. Benjamin “sauve” le manuscrit de 30 textes en l’envoyant à Scholem à Jérusalem. Il envoie une copie à la Frankfurter Zeitung qui publie 12 textes en 3 séquences de février à mars 1933. Depuis avril 1933, Benjamin publie sous pseudonymes, - Detlev Holz et K.A. Stamflinger, ceci jusqu’en été 1934, date où les éditeurs en Allemagne ne publieront plus de tels textes. (La1ère publication en volume d’Enfance berlinoise paraît en 1950 à titre posthume, éditée par Theodor W. Adorno).

17 mars 1933. Benjamin quitte Berlin, s’arrête à Paris et repart avec Jean Selz et son épouse à Ibiza, refuge insulaire. De Paris, il écrit à Scholem: “C’est moins la terreur individuelle que la situation culturelle dans son ensemble qui peut donner une idée de la situation. Pour la première, il est difficile de disposer d’informations absolument sûres. Il est hors de doute qu’en de très nombreux cas des gens ont été tirés la nuit de leur lit et maltraités ou assassinés (...). Pour moi, ce n’est pas cette situation, plus ou moins prévisible depuis longtemps, qui, il y a seulement une semaine et sans formes précises, a précipité ma décision de quitter l’Allemagne au plus vite. Ce fut bien plutôt que par une coïncidence quasi mathématique, des manuscrits m’étaient rendus de partout où j’avais quelques relations, des négociations en cours, ou proches de leur conclusion, étaient rompues, des démarches laissées sans réponse. La terreur exercée contre toute attitude ou toute expression qui n’est pas intégralement conforme à ce qui est officiel a pris des proportions difficilement dépassables.”

Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d’une amitié. Ed. Calmann-Lévy: Paris 1981. Trad. P. Kessler
Bernd Witte, Walter Benjamin. Une biographie. Ed. Cerf: Paris 1988. Trad. A. Bernold

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