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Ecole Supérieure d’Art Visuel. Genève. Suisse.Programme d’Etudes critiques curatoriales cybertechniques. www.walterbenjamin.cjb.net
Webmaster Bohdan Stehlik. Email <sbohdan@worldcom.ch>
Webmaster assistant Ivan Celaya. Email <ivancelaya@hotmail.com>
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Professeur Liliane Schneiter. Email <l.schneiter@dplanet.ch>

CYBER-HYPER IMAGES 2

PLAIDOYER EN FAVEUR D’UNE PRAXIS DES CYBERMEDIAS ET DE PRATIQUES ARTISTIQUES CYBER CONTEXTUALISEES

quel est le contexte?

L’ère des cybermédias, de la synchronisation technique, de la logique des circuits imprimés, des rétroactions et interactions, des retours d’information et de savoir, ne s’inscrit pas avec les bases du passé culturel et ne reproduit pas ses fondements d’archivage, de stockage, de mémoire et de monuments, elle produit une culture dans le médium avec des clones(ni traces, ni simulacres, ni simulation: ce sont strictement des paquets de données digitalisées).

Le mot ‘culture’ auquel l’Europe continentale reste idéologiquement attachée(pour des raisons manifestement de défense patrimoniale) est dans le contexte des cybermédias inapproprié.

la culture: archive_histoire_mémoire_monument_sens

La culture est une fonction d’entreposage archivistique liée à l’activation des données en mémoire par le biais de stockage et de circulation de sens. Le passé culturel a eu pour activation majeure, la notion d’histoire, medium d’autodescription de l’histoire dans ses formes de narration, de récits, et de techniques mémorielles.

cybermedium: transmission_information_signaux_rétroaction_

Considérée dans le medium digital, la culture se définit par la transmission d’informations par signaux (et non plus dans une histoire produite par les relais du texte à l’image comme elle s’est massivement articulée depuis la révolution de l’imprimé au 15e siècle). Elle se définit à la vitesse de la lumière (temps réel) ayant pour corollaire, entre autre, le parasitage dans le véhicule du sens, les parasites de bruits et de systèmes de sécurité.

A l’inverse de la culture monumentalisée (temps différé), sédentaire dans sa tendance, dépositaire de la signification accumulée, attachée aux bibliothèques, archives et musées, aux espaces de rangement, aux assemblages de ses matériaux physiques dans un seul et même site, le medium digital n’est pas localisable. Il ne préserve pas les sources tangibles, mais les rétroactive en paquets de données numériques, en temps réel entre utilisation actualisée (présent) et mémoire passive (passé).

La notion d’archive mute dans le contexte de la numérisation des archives où leur fonction conservatrice, préservatrice des sources tangibles, est conduite à une dissolution par l’injection des paquets de données dans les réseaux d’information. L’archive n’est plus ce monument ou cette ruine à laquelle a tant tenu et tient encore l’imperium, –l’emprise européenne pour fonder son histoire, sa légitimité, ses guerres de conquêtes, l’établissement de ses états. Exit la notion d’archive au sens historique du terme, ce sont des paquets d’informations filtrées, fugaces, réagencées au gré de la rétroaction de l’adressage.

Le numérique oppose à l’analogique une autre conception de la mémoire, de l’histoire et de ses techniques mémorielles, soit de ce qui a été une mise en scène de la culture.

La mémorisation électronique basée sur le 0 et le 1 du binaire n’est pas attachée au pied de la lettre comme l’est la mémoire analogique de la ‘médiateté’ sur quoi est fondée l’identification littérale de l’histoire sur texte et papier. Elle transmet des souvenirs numériques.

Depuis que les photos aériennes d’Auschwitz prises par les avions de reconnaissance américains d’avril 1944 à janvier 1945 ont été analysées 30 ans plus tard par les méthodes de recherche informatique de la CIA, les images ont produits leurs effets. Le souvenir numérique a montré ce qui était visible sur place et non dans l’archive photographique: le nombre et le genre des détenus acheminés vers les chambres à gaz. Le savoir en tant qu’information digitalisée est un autre savoir, délié de son support physique, prêt à être consulté à partir d’un mot-clef, il promeut une autre conscience de la culture (qui n’est plus précisément patrimoniale).

La dite duplication électronique des données des archives physiques n’est pas un double. Ni double, ni simulacre, son clone forme une mémorisation intégrée à une pratique de régulation du transfert et du traitement de l’information dans un système de rétroaction a-localisé. Au passage de la mémoire à la mémorisation, une dynamique s’engage par interaction sur des opérations micro-électroniques qui acheminent des flux courants de données. Exit la demande de sens, de bon sens, rempart et gardien des valeurs de la tradition.

La transmission d’informations vise une consultation rapide et donc une autre lecture. La théorie systémique de Niklas Luhmann définit l’information comme l’inattendu dans l’actualisation du présent sur les bases de données par algorithmes.

Avec les standards de transmission de signaux asémantiques où l’émetteur et le récepteur ne sont séparés par aucun espace géohistorique, le primat du temps réel sur l’espace modifie techniquement et conceptuellement l’imaginaire et le symbolique de la culture, de sa mémoire et de ses savoirs.

Exit la culture au sens des sciences humaines qui cependant continuent de peser de tout leur poids historique sur la recherche même la plus avancée, par exemple celle concernant le copyright.

Le droit d’auteur continue à ne pas faire de différences entre l’analogique et le numérique et reste attaché à la conception occidentale de l’oeuvre, de l’auteur, etc. Or, une réflexion fondée par une média-archéologie sur la transmission des données montrerait dans la notion d’image, par exemple, que la compression de fractals reproduit récursivement un nouvel original, plus exactement un numérical. Il reste que les visées universalistes du copyright pensé dans la tradition des sciences humaines poursuit le renforcement d’une protection juridique et donc d’une ‘propriété’ aux formules mathématiques.

Transmission des données, mémorisation, rétroactions, interactions, signaux, infrastructure technique des commutations cybernétiques, hyperliens sont les notions élémentaires par lesquelles se forme une autre histoire dont il importe d’étudier de manière critico-dialectique les attendus.

anti-copyright Liliane Schneiter

Ces notes doivent beaucoup à l’article de Wolfgang Ernst, Un capital mémoire?, paru dans Thesis, Wissenschaftliche Zeitschrift der Bauhaus-Universität Weimar, (1999) Heft 3 et à l’étude des essais de Walter Benjamin sur les médias.

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