" Toutes les religions ont honoré le mendiant. Car il prouve que l'esprit et le principe, les raisonnements et les maximes, font ignominieusement défaut devant une chose aussi simple et banale que sainte et vitale, comme jadis l'aumône.
On se plaint des mendiants dans les pays méridonnaux et on oublie que leur insistance devant notre nez est aussi justifiée que l'obstination de l'érudit devant des textes difficiles. Pas l'ombre d'une hésitation, pas la plus légère impulsion ou la moindre réflexion, qu'ils ne devinent sur notre visage. La télépathie du cocher qui nous fait seul clairement comprendre par son cri que nous ne sommes pas hostile à l'idée de prendre sa voiture et celle du boutiquier qui choisit dans son bric-à-brac la seule chaîne ou le seul camée qui pourrait nous séduire, sont de la même espèce."
Walter Benjamin, SENS UNIQUE, éd. Revue, Mayenne 1994.
février 1998
...Un nouveau concept de vente est testé par une compagnie américaine de supermarchés. Une nouvelle espèce de vendeurs est née. A partir du principe d'attirer, d'appater le consommateur vers un article en promotion, des vendeurs banalisés en civil - pour mieux se fondre dans la masse - déambulent à travers les rayons avec pour mission d'aborder, de toucher le consommateur. Ils le touche physiquement, le prend par la main, l'emmène par le bras à travers les rayonnages, entame le numéro du mendiant dans la rue. La plupart des clients, d'après les statistiques, joueraint le jeu, se laisseraint prendre et achèteraint davantage un produit qui aurait pris un instant la forme d'une anecdotique rencontre touchante. Sachant qu'il s'agit d'un show-merde j'arrête pour aujourd'hui.
" Croire. Théâtre et CINEMA : alternance, de croire et de ne pas croire. Cinématographe : continuellement croire."
11 mai 1998
Didier Philipona