Sur le passage de quelques choses qui circulent dans la ville.
Liliane Schneiter. 7 mai 98
Walter Benjamin dévoilait la ville moderne en citant des enseignes, des noms de rue, un poste d'essence, tout un lexique de mots et un répertoire d'objets stables.
Un repérage benjaminien de la ville d'aujourd'hui aurait à capter ce qui disparaît, ce qui bouge, qui se transforme, soit un ensemble de choses qui ne sont jamais à la même place d'un jour à l'autre.
C'est une hypothèse pour rendre compte du paysage urbain actuel.
Pour commencer, on observerait deux circulations intenses: celle de l'argent et celle des nourritures avalées à même la rue. (Take-Away, disent les anglo-saxons).
Un nombre toujours plus important de casiers de bancomat placés à front de rue, émettent et absorbent les coupures de devises, comme au moyen-âge le stand du changeur. Au-dessus du stand, il y avait la chambre de l'usurier avec des objets troqués contre des pièces. Aujourd'hui, cette chambre est celle de l'impalpable. Là circulent les marchés sur actions aux noms les plus exotiques: highflyers, softmoney. Une masse monétaire invisible flotte dans les autoroutes informatiques, les réseaux électroniques.
Au sol, à chaque instant, des masses d'aliments sont consommées en marchant. Chacun avale quelque chose en passant. Ni les corps, ne les nourritures ne s'installent.
La ville commande que les flux s'accélèrent et que les "objets" soient en déplacement constants, comme les gens, -personnes déplacées (displaced persons).