

Forum à thèse 3 introduite par Grégoire Blanc et Yves Mettler
"En effet, rendre les choses spacialement et humainement "plus proches" de soi...".
"Dépouiller l'objet de son voile, en détruire l'aura , c'est bien ce qui caractérise une perception devenue assez apte à (sentir ce qui est identique dans le monde) pour être capable de saisir aussi, par la reproduction, ce qui n'advient qu'une fois"
Walter Benjamin
Grégoire: j'ai sélectionné 3 mots pour entrée dans la thèse: reproductibilité, accessibilité et original.
Ce que je rattache à ces mots: l'image multipliée est supposée se rendre plus proche du récepteur; sous accessibilité, - j'entends l'accès par le réseau Internet depuis un poste informatique quelconque; l'original est en amont de la reproductibilité, quelque part qui reste à discuter.
Yves: avec le multiple de l'écran, il y aurait à trouver le lieu de l'original, qui de toute façon, n'est déjà plus l'original pensé par Benjamin.
Elodie: l'original serait là où le site a été déposé, sur un serveur. La notion d'original suppose celle d'une source.
Yves: est-ce que l'original implique qu'il y ait un lieu identifié? Et si c'était le cas, est-ce qu'il est fixe sur Internet? Il existe plusieurs procédés techniques (copier-coller, page source, site miroir, aspirateur...) qui permettent de multiplier "la" localisation d'un site. C'est un des enjeux qui a pesé sur la création d'internet et www.
Elodie: c'est une condition, il semble. On remarque que le nom fait l'original.
Yves: l'adresse du site est le nom de l'original, dans le sens où plus le nom est simple, plus il sera facile à trouver, donc plus accessible, donc plus visité. Le nombre de "hits" contacts, garantit, crédite le site de son existence. Pour garantir l'original, une certaine convergence de conditions temporelles et territoriales est nécessaire.
Grégoire: j'imagine un original comme la Joconde, vue par des milliers de gens, reproduite par milliers.
A l'écran, une nouvelle "joconde" aurait peut-être moins de visiteurs. Est-ce qu'elle serait encore considérée comme un original? L'original, ça se fabrique. Pour fabriquer de l'original, donc de l'autorité, il faut qu'il y ait une puissance d'intérêts, une puissance d'informations convergentes.
Elodie: avec le réseau, l'abondance des références ne permet pas la construction d'un original.
Grégoire: j'ai été frappé par une étude sur l'organisation des fourmis qui développent une forme d'autocratie. L'autocratie, ce qui s'autogère par des processus autorégulateurs pourrait remplacer progressivement la démocratie.. Il n'y a plus de grosse instance de décision, de représentant, de figure d'autorité.
Elodie: les formes actuelles de la distribution des données sur le réseau et le fonctionnement des moteurs de recherche sont encore loin de cette autorégulation. A la base de leur fonctionnement, les moteurs devraient être programmés autrement que sur la pensée classificatrice pour répondre à cette exigence.
Grégoire: à la manière d'Hakim Bey, j'ai distingué net et contre-net, libre-échange, sans figure d'autorité et d'avantage auto-régulé. La question se pose de savoir si dans ces conditions, un savoir peut encore devenir émergent et constituer une puissance de référence.
Liliane: la question posée pourrait être celle de la disparition d'un référent commun, tout en sachant qu'en fait, il y a plus et plus de commun ou d'alignement. Comme le dit Benjamin ( à propos de la statistique), "l'alignement de la réalité sur les masses et des masses sur la réalité est un processus d'immense portée, tant pour la pensée que pour l'intuition". C'est la dernière phrase de la thèse.
Grégoire: reste à savoir comment la masse est formée à un intérêt commun.
Elodie: on voit assez que l'argent, la publicité massive produit un référent commun.
Yves: on est bien obligé de constater qu'il y a échec dans l'histoire du détachement de ce lieu commun, dans l'histoire d'une promesse d'émancipation; entre masse et individu, il y a un différend, un besoin et un non-besoin de tenir quelque chose comme du commun.
Liliane: pour l'échange, est-ce qu'il y a nécessité de référent commun?
Laura: si le référent est posé sur soi-même, il y a encore possibilité d'échange
Elodie: cependant on ne peut pas faire chacun sa propre culture
Yves: depuis le début du siècle, chacun a poutant la responsabilité de fonder ses prores référents et valeurs. Cette responsabilité n'a pas été menée jusqu'au bout.
Elodie: il faut une force personnelle considérable pour produire quelque chose qui n'est pas partagé et donc pas reconnu.
Laura: pour autant, s'il n'y a pas reconnaissance, ça ne signifie pas que ça n'existe pas et que ça ne puisse pas être perçu. Je suis mitigée sur la question de la nécessité de savoirs donnés ou acquis en commun comme condition d'échange. A partir de son propre référent, on peut créer des dérives dans les savoirs; dévier, c'est faire muter les savoirs...
Myriam: il me semble qu'il y a différents niveaux de savoirs reconnus en commun et qui font la référence, l'autorité d'un référent partagée par beaucoup. Une seule image, par exemple ne suffirait pas à constituer un référent et une personne qui ferait une seule image, pae exemple, ne sera pas reconnue comme artiste.
Yves: là, on voit bien qu'on ne prend pas cette responsabilité que je disais de lâcher le référent. Lâcher le référent ne veut pas dire oublier l'histoire, son passé, mais risquer de constriure à égal avec ce "référent" qui, ainsi remené au présent, doit être confronté à un autre temps et marquer le particulier de chacune des deux époques engagées. le référent comme autorité rend nostalgique. Changer ce schéma, c'est laisser tomber toute une histoire.
L'héritage des savoirs est à discuter, de même que la transmission, de même que les référents communs...
Grégoire: l'éducation met toujours en place des objets communs, des matières communes,des modes d'emploi, et il reste autoritaire dans ce qui doit être connu et reconnu.
Laura: c'est aussi que tout apprentissage implique le passage par un code, des savoirs que tous, en même temps, doivent connaître, sinon, il n'y a pas accès à ces techniques et à leurs contenus.
Liliane: est-ce que la technologie d'aujourd'hui ne contient pas la possibilité d'apprentissages, d'usages non-communs?
Elodie: il faut quand même remarquer que chaque fois qu'on parle de formation, d'éducation de l'Etat qui met en place des médias, des techniques, on devient parano. On se méfie, on se dit que l'éducation qui signifie acquérir des référents communs, tire profit de ça. Est-ce qu'on ne se méfie pas tout le temps, - pour rien?