
Forum à la thèse 11 introduite par Laura Malerba
"La réalité est devenue ici la plus artificielle de toutes".
Walter Benjamin
Laura: la camera montre sa capacité de pénétration du réél. Walter Benjamin introduit trois couples comparatifs pour situer l'action du cinéaste dans la distance et la proximité qu'il prend avec l'objet.
Ces couples sont: le mage et le caméraman, le chirurgien et le cinéaste, le peintre et l'opérateur.
Le caméraman-cinéaste-opérateur tient de toutes ces postures tout en étant d'aucune. Il est semblable et complétement différent au mage des anciens temps qui appose ses mains, au chirurgien qui ouvre les entrailles avec des pincettes et au peintre qui fait une représentation globale et à distance. J'ai retenu que le cinéma opérait par rapport à deux distances: la distance naturelle et la distance technique, soit celle créée par l'objet et celle par la technique. Le cinéma a l'air "vrai" par la conjonction de deux distances qui rendent paradoxalement proche la réalité.
Grégoire: dans quel rapport de distance est la caméra?
Laura: dans cet intermédiaire technico-naturel qui fait de la caméra à la fois un chirurgien et un peintre.
Liliane: Walter Benjamin contribue à une nouvelle histoire du cinéma en traversant trois figures historiques qui sont des allégories du désir multiséculaire de saisir le nucleus de la réalité. Benjamin montre que le mage, le chirurgien, le peintre sont les étapes indispensables à l'invention du cinéma, à l'accès au seuil du réél, utopie, fantasme de captation du réél par chacun et par tous en même temps, - ce que devrait réaliser une séance de cinéma.
Laura: je pense que la distance que connaît le mage s'est perdue dans la technique cinématographique, que par conséquence, il y perte de l'aura de cette saisie du réel.
Liliane: il est vrai que l'aura peut être décrite ici comme la distance naturelle du mage; l'histoire, alors, serait ce temps qui s'éloigne des mages et de leur capacité à ouvrir le réél sans y pénétrer. Walter Benjamin a le génie de poser des questions à l'histoire de l'humanité à partir d'un petit peu de figures allégoriques.
Laura: le réel atteint par la caméra est un réel au troisième degré, médié au moins par trois instances: le plateau de tournage, la camera, le montage...
Yvan: comme l'ensemble s'adresse au public, il y a encore une médiation de plus, au moins: la salle obscure ou le lieu de réception.
Laura: je vois un intérêt particulier dans la troisième médiation par le montage: ce travail qui est un composé fragmentaire, s'adresse au public pour que le public puisse avoir part à ce réel recomposé. Le public est déjà partie prenante dans le processus du montage.
Ma question reste celle-ci: est-ce que le montage digital, sa vitesse, sa sur-capacité de fragmentation ne conduirait pas le cinéaste-monteur à s'affranchir de l'objectif dont parle Benjamin, à savoir que le public ait part au montage et donc puisse "pénétrer de la façon la plus intensive, au coeur même du réel" ?
Grégoire: si l'on suit la théorie de la fonction mimétique de l'image, l'image participe du réel. Elle est une part constitutive de ce réel et donc le public en aura part. Je me réfère là à La Grammatologie de Derrida.