
Forum à la thèse 5 introduite par Stéphanie Hugyik
"A mesure que les oeuvres d'art s'émancipent de leur usage rituel, les occasions deviennent plus nombreuses de les exposer".
"Les diverses techniques de reproduction ont renforcé ce caractère dans de telles proportions que, par un phénomène analogue à celui qui s'était produit aux origines, le déplacement quantitatif entre les deux formes de valeur propre à l'oeuvre d'art est devenu un changement qualitatif".
"...la fonction artistique - apparût par la suite comme accessoire".
Walter Benjamin
Commentaire:
photo souvenir 1997
Ce choix, d'abord parce que le commentaire joint aux images du site choisi comme point de départ mentionne en quelques phrases deux thèmes qui me paraissent importants par rapport à ce qu'une image peut évoquer ou faire paraître et à la valeur artistique d'une telle image.
Tout d'abord, l'instant photographique d'une image et sa reproductibilité possible à l'infini, diffuse de part et d'autre, une image fixe, mais qui peut-être réceptionnée à chaque coin du monde de manière différente, selon la culture, les moeurs et d'autres habitudes sociales en vigueur. Bien que l'image soit toujours la mâme, c'est le contexte dans lequel elle est réceptionnée qui lui donne sa signification. C'est donc le récepteur qui donne toute sa valeur ou la réalité d'une image diffusée, certains la retiennent, d'autres l'ignorent. On se pose donc la question de la valeur artistique accessoire et du sens que peuvent transmettre, par exemple, les reproductions d'oeuvres d'art "occidentales", à des individus ne connaissant pas notre "histoire" de l'art et n'ayant que faire de nos images, ne pouvant les rattacher à leur contexte.
Ensuite, le choix des photographies illustrant le site, fait apparaître sous forme de montage, un état de travail photographié et l'on se demande si l'on ne peut pas dire alors dans ce cas, - d'un état d'oeuvres d'art? "il s'agit, ici, seulement d'un instatnt photographique, témoin d'un état d'oeuvre d'art". Oui, et pourquoi pas? La valeur cultuelle et transcendante des oeuvres d'art ayant subi un déplacement quantutatif depuis les origines entre deux formes de valeur propre, entre usage rituel, magique et secret, en fonction décorative et contemplative d'exposition.
Par conséquent, l'oeuvre d'art reproduite a donc subi un changement "qualitatif" depuis qu'elle a perdu sa valeur cultuelle. Dès lors, on se demande si n'importe quelle image, pour autant qu'on lui donne un sens et qu'on la rattache à un contexte, ne peut pas apparaître comme "oeuvre d'art", malgré le fait qu'elle a perdu sa valeur d'objet unique et rare et qu'elle puisse être reproduite à l'infini?
Le contenu même de l'imge ne possède plus une dimension de première importance, étant donné que c'est le sujet qui réceptionne l'image, qui va lui donner sa signification.
Forum
Stéphanie: la question que je me suis posée est celle de savoir comment on peut comprendre la différence de perception, donc de réception entre ce qui est reçu comme oeuvre d'art et ce qui est reçu comme archivage, comme document.
Elodie: l'image appartient à une construction historique qui lui a d'abord donné une valeur d'art, si bien que cette valeur reste quelque part, même quand l'image se donne pour document; c'est le visuel qui en tant que tel a valeur...
Stéphanie: Benjamin fait une première distinction entre deux valeurs: valeur cultuelle et valeur d'exposition et il ajoute:
" le déplacement quantitatif entre les 2 formes de valeur propres à l'oeuvre d'art est devenu un changement qualitatif".
Liliane: et toi, tu ajoutes, pour notre histoire actuelle, un autre déplacement qui n'est plus entre telle ou telle valeur, mais qui fait d'une image un document; la question de considérer l'image comme du document, accessoirement à valeur ou non d'art, est une nouvelle question.
Yves: le passage d'un état à l'autre, soit de l'image à valeur x-y au document visuel, est fonction aussi de la quantité.
Le déplacement quantitatif est un changement d'échelle qui affecte la valeur.
Liliane: Benjamin aurait pu parler de valeur documentaire ou documentariste comme stade à venir de la valeur d'exposition.
Stéphanie: ce qui disparaît dans la reproductibilité, c'est la présence; on pourrait dire autrement, la présence d'un tour magique à l'oeuvre dans le processus de faire image.
Yves: la thèse 3 de Benjamin dit bien: "dépouiller l'objet de son voile, en détruire l'aura..." Le caractère destructif opère dans l'histoire des processus techniques élaborés au 20e siècle.
Laura: l'image n'a plus cette spiritualité que lui donnait le fait d'une production et d'une réception ritualisées.
Myriam: le culte a été repris ailleurs; il s'est déplacé sur la personne de l'artiste. "Etre artiste" tient du culte et de ses fidèles, soit le "courant", la "mode", ces mots qui disent un rituel de quelque chose. Il devient alors plus important de vivre en s'identifiant en tant qu'artiste que de produire quoi que ce soit. Le déplacement d'un "plus de présence" s'est porté sur la personne.
Dionisio: c'est contradictoire de dire ça pour aujourd'hui. Dans la diffusion par les moyens technologiques, ce n'est pas la personne qui est démultipliée, mais bien le document. D'où le fait qu'on n'ait pas besoin de savoir qui a fait ça mais qu'il existe une image. On retient des images, on ne sait pas toujours de qui et d'où elles viennnent.
Yves: l'histoire de la reproductibilité n'a pas fait disparaître le cultuel; les techniques de diffusion amplifient les phénomènes du renom. Les phénomènes médiatiques reposent sur cette valeur ajoutée, cultuelle du nom. Il suffit de voir ce qui se passe avec Pipilotti Rist.
Elodie: quand les gens vont à un vernissage, c'est pour rencontrer des gens, donc des présences qui font la valeur de la chose.
Laura: comme disait Stéphanie, le récepteur donne valeur à la chose, mais ce qui reste d'unique, c'est bien l'expérience faite avec l'image; la valeur cultuelle, si on veut, s'est individualisée dans l'expérience personnelle. C'est pourquoi aussi
la réception d'une oeuvre dans le cadre d'une exposition me convient d'avantage que pendant le vernissage; je restitue alors ce qu'une expérience peut avoir d'unique.
Liliane: cette masse différenciée d'expériences privées ouvre probablement à une autre conscience historique. La modification de cette conscience historique devant l'image a ét rendue possible par les moyens techniques de reproduction. On reboucle l'analyse de Benjamin à propos du film qui dit que le cinéma comme technique de production et de reproduction a fait émerger une masse critique, correspond à une société progressiste qui active par là son rapport au monde à travers l'image filmique, en passant par le plaisir, l'agrément trouvé au "cinématographe".
Elodie: la thèse 3 de Benjamin est très clair sur ce changement historique. Il nous faudrait maintenant arriver à tirer toutes les conséquences pour notre temps des nouvelles techniques de la reproduction de l'image en temps réel.