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9e Biennale de l’Image en Mouvement
Centre pour l'image contemporaine

2-10 novembre 2001

RETROSPECTIVES : LAURIE ANDERSON
Laurie Anderson est née à Chicago en 1947, elle vit et travaille à New York.
projections au 2e sous-sol, au 1er et au 7e étage, de 14h à 24h.

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            centre pour l'image contemporaine

Elle est considérée comme l’une des plus importantes artistes américaines. Elle a réalisé plusieurs disques, films et vidéos, mais l’essentiel de son travail est le concert-performance, qui inclut des vidéos, des films, des diapositives, des éclairages, du chant, de la musique et du texte. Souvent drôles ou provocants, les spectacles d’Anderson sont comme sa musique: excentriques, intellectuels et complètement fascinants.

(suite...)

Laurie Anderson commença sa carrière d’artiste à New York comme sculpteur, mais se tourna vite vers la performance. Son premier show eut lieu en 1973 à l’Académie de musique de Brooklyn, avec The Life and Times of Josef Staline, une oeuvre épique de 12 heures qui contenait déjà des éléments audiovisuels. Elle enregistra de nombreux morceaux et fit de très nombreuses performances durant les 70’s; elle se produisit notamment à la Documenta de Kassel en 1977. En 1981, elle sortit son premier album Big Science, avec le morceau au vocoder O Superman qui allait devenir un hit en Europe. Elle collabora par la suite avec Peter Gabriel et William S. Burroughs pour Mr. Heartbreak, qui est probablement son disque le plus populaire. Suivirent ensuite United States, 1984, album tiré d’un spectacle homonyme de près de huit heures, qu’elle joua notamment à Zurich, Londres et New York. Home of the Brave film et album, 1986, Strange Angels 1989, Bright Red 1994 et un disque live en 1995 The Ugly One with Jewels. En parallèle, elle a réalisé des vidéos et des films depuis 1974; O Superman en 1981, et Sharkey’s Day en 1984 sont des longs clips qui incluent des séquences live; la créativité visuelle des concerts-performance de Laurie Anderson s’y retrouve, pensée et esthétisée avec la technique vidéo et ses trucages. Elle collabore avec Peter Gabriel et Nam June Paik en 1984 sur la vidéo This Is the Picture. En 1987, le festival de Cannes projette son long-mérage Home of the Brave, réalisé l’année précédente. Elle écrit les partitions de films pour Jonathan Demme ou Robert Wilson. En 1991, elle publie The Collected Videos, une compilation de ses travaux de la décennie écoulée; en 1995, elle produit avec Hsin-Chien Chuang un CD-rom d’artiste Puppet Motel dont la créativité visuelle et les qualités de navigation font référence. En 1997, elle réalise un clip collectif avec d’autres artistes en hommage à Lou Reed.


Cette rétrospective proposera quelques bandes vidéos, clips, films et cd-rom de l’oeuvre foisannante de cette pionnière en matière d’art multimédia:

O Superman, 1981, 8’, vidéo
This is the Picture, 1984, vidéo clip
Sharkey’s Day, 1984, 4’30, clip d’animation
Language is a Virus, 1986, 8’, vidéo clip
Home of the Brave, 1986, 90’,35mm, (long-métrage)
What You Mean We?, 1986, 30’, vidéo
Progress, 1986, video
Alive from Off Center, 1986
Artist Introductions, 1987,10 clips vidéo
Talk Normal, 1989, 60’, vidéo
Personal Service Announcements, 1990, 6’, vidéo
Beautiful Red Dress, 1990, 3’, vidéo clip
Carmen,1992 15’, vidéo
Puppet Motel, 1995, CD-ROM




O Superman, 1981, 8’, vidéo
Dans ce clip pionnier, Laurie Anderson questionne les bizzareries du monde post-moderne. Elle évoque des thématiques complexes avec des gestes très simples: elle apparait dans une fenêtre circulaire inscrite dans l’angle d’un écran de TV, contractant ses muscles, elle essaie d’égaler un body builder, puis dans une séquence ludique, elle exécute un numéro de théâtre d’ombres. Le motif en arrière plan sur lequel se découpe la silhouette de l’artiste devient tour à tour globe terrestre, fenêtre et écran. Quand ce fond disparait, la lumière sort de la bouche de Laurie qui émet sons et messages avec une voix électronique, un effet qui évoque la société hyper-technologique et impersonnelle.

Sharkey’s Day, 1984, 4’30, clip d’animation
On est sur l’autoroute sans fin d’une console de jeu vidéo, ce vidéo clip transforme l’imagerie de la culture pop en une computer animation sophistiquée...Laurie Anerson apparait dans un costume blanc, le visage blanc sur un fonds bleu. La musique électronique répétitive est scandée, et l’effet général est celui d’une immersion totale dans un univers artificiel.

Language is a Virus, 1986, 8’, vidéo clip
“Le langage est un virus venu de l’espace”, une citation que Laurie Anderson accompagne d’une image-puzzle sur un rythme rock, comme parodie des théories du langage (l’artiste s’est inspirée des auteurs qui la fascinent comme Ludwig Wittgenstein, Walter Benjamin ou Derrida). “C’est étrange pour un écrivain de dire que le langage est une maladie qui se transmet par la bouche. Cela me fait penser à la pensée bouddhiste qui considère qu’il y a la chose et le nom pour la chose et que ce nom est une chose de trop. Parce que souvent lorsque l’on dit un mot, on pense qu’on le comprend, mais en fait ce que l’on fait vraiment se résume à prononcer ce mot, sans nécessairement en comprendre le sens”

Alive from Off Center, 1986, video
Pour ce show télévisé, Laurie Anderson a créé son propre clone digital, une grosse tête plantée sur un petit corps d’homme avec lequel elle engage des conversations complices. Ce double masculin fonctionne un peu comme l’équivalent de ses masques audio et autres distortions vocales; une autre voix qui porte des idées dont elle peut se distancier. Elle explique: “Le clone est le concept d’un subsitut. Je l’utilise pour dire des choses que j’ai pas la courage ou la carrure de dire moi-même.” Son violon, autre alter ego, tout comme le vocoder qui travestit sa voix sont autant de doubles auxquels elle ajoute une marionette qui joue du violon et un perroquet programmé par ordinateur.

What You Mean We?, 1986, 30’, video
Cette vidéo fait partie d’une série de huit séquences de 30 minutes présentant des performances vidéo d’artistes. Le titre est emprunté à une série télévisée très populaire The Lone Ranger, (le ranger solitaire). A chaque fois que le héros, un cowboy balourd, ordonne à son sous-fifre indien,Tono, de faire quelque chose de particulièrement dangereux, celui-ci a coutume de répondre: “What you mean we, Kimosabi?”

Home of the Brave, 1986, 90’, 35mm
Ce film fut motivé par le désir d’avoir un enregistrement complet d’une performance de Laurie Anderson. A l’époque, il ne subsistait de son oeuvre la plus célèbre, United States, que les disques et quelques photos. Mister Heartbreak, une tournée de performances réalisée en 1984, coïncide avec la sortie de l’album du même nom. Les titres deviendront la bande son ainsi que le support narratif de la performance-film Home of the Brave. Pour ce film, Anderson magnifie les effets et les costumes, met en scène des chorégraphies et des séquences narratives plus élaborées que jamais.“Lorsque j’ai décidé de faire ce film, j’ai commencé par chercher un réalisateur. J’ai fait appel à des réalisateurs dont j’admire les films musicaux, Marty Scorsese (The Last Waltz) et Jonathan Demme (Stop Making Sense). Les deux m’ont répondu “Réalise le toi-même.” Je crois que je ne conseillerais à personne d’être la vedette de son propre film. Il faut une bonne dose de schizophrénie et de narcissisme pour se diviser en plusieurs rôles et métiers. Il en résulte des luttes de pouvoir et, si tout va bien, le metteur en scène gagne. Le montage était hypnotique, c’était comme de me voir en rêve.”Le film débute avec une projection d’animations, toutes sortes d’objets tombant du ciel, qui a été décrit comme un croisement inédit du kabuki avec le Bauhaus. Une boite à rythmes trépidante occupe la bandes-on. Le personnage principal titube et tire des gémissements de loup d’un instrument vestige de l’ère industrielle faisant vaguement penser à un violon. Sept musiciens sur une scène vide portent des costumes bizarres qui se transforment en d’étranges instruments. Derrière se dresse un écran sur lequel diapositives et vidéos sont projetées. “C’est une sorte de film-concert comme mes performances sont des sortes de concerts.”

Artist Introductions, 1987, 10 clips vidéo
Il s’agit de dix courtes séquences en introduction à des vidéos sur le travail d’autres artistes. Laurie Anderson apparait accompagnée de son clone masculin. Elle discute avec ce double du sens profond de la chorégraphie et de sa relation à la danse, citant de nombreux chorégraphes et insistant sur la difficulté de décrire les arts du mouvement à l’aide du langage.

Talk Normal, 1989, 60’, vidéo
Anderson livre ici une conférence-performance au sujet de son oeuvre, qui inclut des séquences de ses premiers travaux, son clone numérique, ainsi que la présentation de divers instruments. Cette présentation vidéo fut montrée à la Biennale Internationale de Video de Tokyo. “Aujourd’hui je vais vous parler du langage, de la télévision, de la musique et je vous avertis, je parlerai aussi de moi-même.”

Personal Service Announcements, 1990, 6’, clips vidéo
Six vidéos d’une minute produites par Laurie Anderson en lieu et place de spots publicitaires pour la sortie de son album Strange Angels; au lieu de se vendre elle-même, elle a utilisé le temps d’antenne pour soulever des questions politiques comme par exemple les dépenses d’armement, la dette nationale, les disparités salariales entre hommes et femmes et les impacts de la technologie. Ces clips ont été tournés dans l’arrière-salle d’un café new-yorkais, et le discours de Laurie Anderson est méfiant vis-à-vis de la télévision, considéré comme une source d’information très médiocre.

Beautiful Red Dress, 1990, 3’, clip vidéo
Dans ce clip, Anderson pousse à l’absurde les excuses clichés véhiculées par l’establishment masculin- “Ils disent que les femmes ne doivent pas devenir présidente parce que nous sommes périodiquement folles”- elle relève le fait que “pour chaque dollar gagné par un homme, une femme ne gagne que 63 cents” Elle accentue l’ironie de son message feministe en créant un environnement entièrement rouge.

Carmen, 1992 15’, vidéo
Laurie Anderson réimagine le livret de l’opéra de Bizet et le conte d’une passion malheureuse se transforme en trois scènes de l’ennui domestique et conjugal. Mariée, Carmen travaille dans une fabrique de cigarettes, vole, fume, roule en scooter dans les rues d’une Séville en carton-pâte, rêvant à l’Amour. Le beau soldat de Bizet est ici un mari indifférent, avachi devant un écran TV avec ses mômes pendant qu’elle travaille. Le fier toréador rejoint bien vite l’époux sur le canapé, laissant une Carmen frustrée et pleine d’un désir insatisfait.



Laurie Anderson «Puppet Motel»

Puppet Motel, 1995, CD-ROM, with Hsin-Chien Huang
Fascinée par les technologies digitales, Anderson a collaboré pour ce CD-ROM avec l’artiste Hsin-Chien Huang, dont le design et les environnements innovateurs donnent corps à son projet. Laurie Anderson a pleinement pris en compte le fait que le le cd-rom est un support qui propose une expérience non linéaire. Anderson commente:"Le plus extraordinaire lors de la réalisation de ce projet, c’est que cela fonctionne comme mapensée; je ne pense pas en termes de narration ni d’intrigue, mon esprit travaille par associations, de manière intuitive, et c’est ainsi que Puppet Motel fonctionne." Anderson propose une expérience d’immersion totale sans interface de navigation standard. Il s’agit de choisir des objets et de les tourner en tous sens, d’enclencher une télévision, d’en ajuster l’antenne, d’attraper des objets au vol, de passer le seuil de différentes portes. Le cd-rompropose 33 espaces différents où découvrir des vidéos et des animations. Le décor des lieux numériques est très riche, fait de profusion d’objets et meubles entassés. La totale absence de directives place Puppet Motel hors des catégories standards des CD-ROMs interactifs et, en rendant possible l’exploration d’un tel labyrinthe, ouvre une brèche dans l’univers confiné et binaire de l’arborescence logique (droit-gauche, haut-bas).

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