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9e Biennale de l’Image en Mouvement
Centre pour l'image contemporaine

2-10 novembre 2001

RETROSPECTIVES : PHILIPPE GARREL + Premiere suisse de son dernier film
Né à Boulogne-Billancourt en 1948. Vit et travaille à Paris.
projections au 2e sous-sol, au 1er et au 7e étage, de 14h à 24h. Les films de Philippe Garrel sont toujours projetés au 2e sous-sol.
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“Je suis né juste après la guerre. Mes parents étaient des artistes. Dans les années cinquante, ça voulait dire pas d’argent. Avant d’être comédien mon père était marionnettiste. Dans Liberté la nuit que j’ai tourné trente ans plus tard, on retrouve les marionnettes ainsi qu’un couple qui ressemble à celui que formaient mes parents. A l’origine de mes films, il y a toujours un conflit, quelque chose de douloureux et la séparation pour moi, c’est la scène primitive.”

(suite...)

Cinéaste précoce, reconnu dès ses premiers films comme un auteur et un poète à part, travaillant avec des budgets minuscules, apprécié par nombre de fans mais ignoré presque totalement du public, Philippe Garrel occupe une place singulière dans le cinéma français. Fils de comédien, il manie la caméra très tôt, tournant vite, dans les années soixante et soixante-dix, des films autarciques, au carrefour de deux influences, celle du cinéma de Godard et celle de l'Underground américain, et qui n'ont connu qu'une diffusion confidentielle.
Dès «Les enfants désaccordés» qu’il réalise en 1964 à l’âge de 16 ans, se dégage un rapport direct et poétique entre le matériau cinématographique et ce que Garrel est dans l’urgence d’exprimer. En débutant si jeune, il échappe à ce qui était obligé pour les autres: passer par un système de construction, raconter une histoire selon des schémas. Cette liberté permet une première définition du cinéma selon Garrel: une saisie immédiate de la vie par l’enfant qui n’a pas de mots.
Elle développe quelques thèmes fondamentaux: l’éternel débat entre l’homme et la femme, auxquels s’ajoute l’enfant qui tourne autour d’eux pour percer le secret de son origine.
Vouant une admiration toute particulière à Godard, il a défini le cinéma comme étant «Freud plus Lumière». Chaque film est un nouveau prétexte d’expérimentation, mais pas au sens de la recherche formelle du cinéma expérimental, l’oeuvre de Garrel étant essentiellement autobiographique. Ses films peuvent être divisés en deux périodes: les premiers sont des travaux expérimentaux, des visions hermétiques de l’aliénation artistique, et, dans le courant des années 70, des portraits de ses proches, comme Nico, la chanteuse du Velvet Underground, qui fut sa compagne durant dix années. “Tu as une caméra à la place du coeur” dit Anne Wiazemsky alias Nico dans «L’Enfant secret». Ces années sauvages, marquées par la drogue et la folie, s’achèvent par un internement psychiatrique, durant lequel il subit des électrochocs. Ce traumatisme hantera les films qui vont suivre. Depuis 1979, Garrel a choisi un cinéma plus narratif, il a produit une série de films à fort caractère autobiographique où les frontières de la fiction sont mouvantes, avec des mariages qui se font et se défont, des enfants qui naissent et posent des questions, des parents qui meurent, et les héros de Garrel se débattent dans le milieu de leur vie, à l’ombre des amours et des rêves perdus de 1968. L’univers filmique de Garrel est proche du home movie, avec un sens rare de l’intimité. Parmi ses films les plus connus on compte: «J’entends plus la guitare»(1990), «Le Coeur fantôme» (1995, avec Luis Rego), et «Le Vent de la nuit» (1998, avec Xavier Beauvois et Catherine Deneuve).


Dix films majeurs de son oeuvre (qui en compte une trentaine) seront projetés:

Les enfants désaccordés, 1964, 15 min., 35 mm, n/b
Marie pour mémoire, 1967, 85 min., 35 mm, n/b,
Le révélateur, 1968, 60 min., 35 mm., n/b, muet,
Le lit de la Vierge, 1969, 105 min., 35 mm, scope, n/b,
La cicatrice intérieure, 1970-71, 35 mm, 60 min., couleur,
Les hautes solitudes, 1974, 80 min., 35 mm, n/b muet,
L’enfant secret, 1979, 95 min. 35 mm, n/b,
Elle a passé tant d’heures sous les sunlights, 35 mm, n/b, 130 min., 1986,
J’entends plus la guitare, 1990, 98 min, 35mm, couleur,
Le vent de la nuit, 1998, 95 min., 35 mm, coul.
+
Premiere suisse de son dernier film: Sauvage innocence, France, 2001, 125’





Les enfants désaccordés, 1964, 15 min., 35 mm, n/b
Scén., mont., prod.: Philippe Garrel - photo: André Weinfeld - interprétation: Christiane Pérez, Pascal Laperrousaz, Maurice Garrel.

«C’est un film sur un type qui se tire de chez lui et qui va avec une fille, et comme je ne savais pas très bien où il allait, j’ai filmé une chose abstraite, une espèce de château avec des types nus qui pendaient par la fenêtre, accrochés, et des types dans les coins, qui ne bougeaient pas, complètement repliés sur eux-mêmes. Quand je vois ça maintenant, je trouve que c’est exactement ce qui est en train d’arriver à notre génération: le fait que nous soyons complètement déphasés par rapport au cycle de la consommation, que nous ayons envie de tout brusquer. De cela, je ne me rendais absolument pas compte à l’époque.»
Philippe Garrel (Cahiers du Cinéma, 1968)

Marie pour mémoire, 1967, 85 min., 35 mm, n/b
Scén. et mont.: Philippe Garrel, photo: Michel Fournier, son: Dumas, prod.: Philippe Garrel (avec le concours de Claude Berri et du Centre de la Recherche), mus.: François Garrel, interpréatation: Zouzou (Marie), Didier Léon (Jésus), Nicole Laguigné (Sainte Blandine), Thierry Garrel (Gabriel), Fiameta Ortega (conseillère à la prudence), Sylvaine Massart, Jacques Robiolles, André Bineau, Maurice Garrel. Grand Prix du Festival de Hyères 1968.

«Film réalisé en dix jours par un imposteur, protégé par le statut d’artiste.
Film d’un élément de la nouvelle génération à l’usage des aliénés et de lui-même inclus comme cinéaste.
Constat pessimiste plutôt que film critique, parce que tout va bien dans le monde occidental excepté les hommes qui y vivent.
Mais l’homme et son quotidien imbécile, quelle importance n’est-ce pas?
Ce qui compte c’est le rendement.
Partis pour tourner un manifeste athée, on est revenu avec un éloge de la folie dans les boîtes.
Le jeune homme qui vient d’impressionner ces images mentales, sur la pellicule, attend, faute de mieux, le quiproquo qui naîtra entre la société et le film.
Il vaut mieux s’arrêter de médire parce que, sinon ça va tourner au drame.
Enfin, Marie est une jeune fille acide.
Pour le reste espéreons que ça va noyauter.» P. Garrel

Philippe Garrel voulait ce film prophétique. Aujourd'hui, la scène (filmée comme un viol) où Marie subit des électrochocs glace le sang de ceux qui se souviennent qu'à la fin des années 70, le cinéaste connaîtra en asile des traitements analogues. Mais prophétique, le film l'est aussi en ce qu'il préfigurait les questions que posera, au sortir de 1968, l'association gauchiste «Vive la révolution»: que deviennent nos corps et nos désirs dans la doctrine révolutionnaire?

Le révélateur, 1968, 60 min., 35 mm., n/b, muet
Scén., mont., prod.: Philippe Garrel, photo: Michel Fournier, interprétation: Bernadette Lafont, Laurent Terzieff, Stanislas Robiolles.

Un petit enfant tourne autour de ses parents pour percer le mystère de sa propre naissance, tandis que le titre du film, comme son procédé (muet, noir et blanc), évoquent l’origine du cinéma.
«Le Révélateur est un film délibérément onirique qui tourne autour de ce que la psychanalyse appelle la scène primitive: comment naît un film, comment se fabrique un enfant, la première fois qu’un enfant voit ses parents faire l’amour. C’est un “muet” d’une heure, réalisé avec des moyens dérisoires, qui montre un petit garçon aux prises avec ses parents (Bernadette Laffont et Laurent Terzieff). Tous trois se déplacent dans un univers banalisé par les représentations du rêve (un escalier, une route, une forêt) et comme j’avais dû me contenter pour les éclairages d’une lampe de poche, les noirs et blancs très contrastés qui partagent violemment l’écran contribuent à produire une impression dirréalité.»
Philippe Garrel, entretiens avec Thomas Lescure entre 1985 et 1989

Le lit de la Vierge, 1969, 105 min., 35 mm, scope, n/b
Scén., mont.: Philippe Garrel, prod.: Philippe Garrel et Sylvina Boissonnas, photo: Michel Fournier, musique: Les Jeunes rebelles, Nico, interprétation: Pierre Clémenti, Zouzou, Tina Aumont, Margareth Clémenti, Nicole Laguigné, Babette Lamy, Didier Léon, Jaïme Semprun, Jean-Pierre Kalfon.

C’est un film qui joue avec quelques figures pseudo-symboliques, le Christ, la Vierge, la Mer. Le lit de la Vierge semble, plus que les autres films, user de la technique cinématographique, travellings enveloppant une illusion de conventions pour sublimer un rituel ici aussi fondé sur le parcours, le gestuel, le cri. Si l’on peut poser des mots sur quelques-unes des compositions (les images, très étudiées dans leur apparent chaos, démarrent sur leur beauté propre pour la nier ensuite, dans leur durée): ici le sacrifice, plus loin l’attente, enfin la mort: si Jésus revenait, il serait impuissant devant notre monde.

La cicatrice intérieure, 1970-71, 35 mm, 60 min., couleur
Scén., mont., prod.: Phillipe Garrel, photo: Jean Chiabeaud et Michel Fournier, son: Lévert et Bonfanti, musique: Nico, interprétation: Nico, Pierre Clémenti, Philippe Garrel, Balthazar Clémenti, Daniel Pommereulle.

«C’est un film sur la vie, la renaissance à partir des éléments premiers: la terre, l’eau, le feu...
Je lui avait proposé sept travaux alchimiques pour illustrer une légende initiatique: un guerrier débarque sur une île, trempe son épée dans un volcan, etc.
Il n’y avait rien: une caméra et un décor, quelques allusions à un thème dont nous parlions à peine, et il fallait arriver à la création dans l’instant car il n’y avait qu’une seule prise, sans retour possible, comme un acte sacramentel. Philippe était fasciné par l’image grâce à la quelle il revenait à l’origine, à l’essentiel du cinéma. A l’opposé (c’est ce qui me passionnait dans cette recherche) des oeuvres livresques dont nous étions accablés. Très peu hermétique dans son travail, au contraire, généreux, actif, toujours à la recherche d’une communication insondable , avec un amour profond pour les acteurs.»
Pierre Clément

Les hautes solitudes, 1974, 80 min., 35 mm, n/b muet
Scén., photo, mont., prod.: Philippe Garrel, interprétation: Jean Seberg, Nico, Tina Aumont, Laurent Terzieff.

«L’homme traverse seul la capitale. A pied ou en métro. Il se rend chez une actrice, en portant sur son épaule une caméra 35mm et un pied en bois. Il accomplit ce trajet durant toute une saison. Un jour sur deux. A chaque fois, il sonne chez elle, dans son appartement luxueux du 5e arrondissement. Ils se sourient des yeux. Elle part se préparer dans la pièce d’à côté, se maquille ou non. Puis ils sortent, déambulent dans la rue, s’engouffrent dans les cafés, explorent les jardins ou se calfeutrent dans une chambre d’hôtel. Ensemble, ils imaginent sommairement des scènes. Elle se concentre et l’homme déclenche la caméra. Ils parlent de choses futiles ou intimes.Pas d’équipe, ni de répétitions. C’est un documentaire sur le visage de Jean Seberg. Philippe Garrel fouille si profondément, le cadre de si près qu’il devient une infinités de choses...”
Jacques Morice, Les Cahiers du Cinéma, numéro spécial 100.

L’enfant secret, 1979, 95 min. 35 mm, n/b
Scén., mont., prod.: Phillipe Garrel, photo: Pascal Laperrousaz, son: Alain Villeval, musique: Faton Cahen et Didier Lockwood, interprétation: Anne Wiazemsky, Henri de Maublanc, Elli Medeiros, Benoît Ferreux, Cécile le Bailly, Eliane Roy, Caroline von Paulus, Edwige Gruss, Vincent Daré, Philippe Garrel.
Prix Jean Vigo 1982.

«Un homme laisse entendre qu’il a souffert. Un cinéaste dit qu’il témoigne pour sa génération. Une expérience lutte pour passer dans un récit. Un récit est encore brûlant d’avoir failli geler. Est-ce un film? Si oui, L’Enfant secret ressemble bien peu à ce qui «marche» aujourd’hui dans le cinéma français. «Souffrance», «témoignage», «expérience», «récit»: mots mal vus mal dits, vielliots et qui font peur. Reprenons.
L’homme a souffert mais ne se plaint pas trop (c’est un dandy). Sa génération? Perdue, bien sûr, d’ailleurs c’est la nôtre. L’expérience? Banale à pleurer. Un homme et une femme aux noms bibliques (Elie et Jean-Baptiste) joués par deux acteurs bressoniens (Anne Wiazemsky et Henri de Maublanc), ou la rencontre de l’électrochoc et de l’overdose sous les toits de Paris. Entre eux, le secret mal gardé d’un enfant, Swann. Swann-le-cygne, signe de vie, de survie à deux, enfants d’enfants. Swann est un peu de pellicule tremblée. Et le récit? Comme on n’en fait plus. Chaque moment taillé comme un silex ou caressé comme un galet bien en mains, avec un début et une fin, un avant et un après. [...] Et puisqu’il est ici question d’enfance, je pensais à ce petit poucet du cinéma moderne qui, en quatorze films, avait appris une chose: qu’il faut semer des miettes de pain derrière soi et que chacune de ces miettes soit unique. Les «scènes» de L’Enfant secret sont de longs inserts, des saynètes ou des caresses. Parfois arides (on dira alors que ça reste du cinéma d’amateur), parfois somptueuses (on se souviendra que Garrel n’ignore rien de la beauté, qu’il a assise, très jeune, sur ses genoux).
C’est comme si ce film autobiographique avait réussi à ne pas perdre le nord sans oublier la trace de chaque étape. Bouts d’expérience sensorielle pure (toucher, avoir froid), actes dans leur sécheresse (l’électrochoc), moments sereins et furtifs. J’aime beaucoup la scène où Jean-Baptiste vraiment clochardisé allume le mégot qu’il vient de ramasser sous un banc. Je me suis dit que c’était Griffith ou Charlot qui revenaient pour quelques instants. Que Garrel avait filmé cette chose qu’on n’avait jamais vue: la tête des acteurs des films muets dans les moments où c’est le noir du carton, avec ses pauvres mots de lumière, qui occupe l’écran.
Serge Daney, Ciné-journal, 19 février 1983

Elle a passé tant d’heures sous les sunlights, 35 mm, n/b, 130 min., 1986
Scén., dial., mont., prod.: Philippe Garrel, photo: Pascal Laperrousaz, son:Jean-Pierre Laforce, mus.: Nico, interprétation: Mireille Perrier, Jacques Bonnaffé, Anne Wiazemski, Lou Castel, Philippe Garrel et la participation de Chantal Akerman et Jacques Doillon.
C’est l’histoire d’un tournage, le film s’articule autour de deux couples montrés en parallèle. Cette fois, il s’agit de deux couples de cinéma (metteur en scène et actrice), l’un réel, l’autre imaginaire. Cette contamination de l’imaginaire par le réel, du champ par l’avant champ, devient sous les sunlights subversion intégrale; cette fois c’est toute la mise en scène qui investit l’écran: caméras et techniciens sont dans le champ, les comédiens sont filmés à leur arrivée sur le plateau, Garrel les dirigeant. On a des aperçus sur le financement des films d’avant-garde; on voit en effet Garrel faire un trafic d’héroïne pour que le film ne soit pas interrompu...
«J’essaierai de montrer le point d’interférence qu’il y a entre la réalité, les moments de dèche et de misère d’un cinéaste, et son film où il injectera des bribes de sa réalité dans un contexte imaginare et sentimental [...] J’ai organisé le film autour de cinq rêves que j’avais faits [...] Je pensais que c’était l’interférence du cinéma imaginaire et du réel, qui était le plus intéressant en ce moment, chez des gens comme Godard ou Pialat, [...] c’est-à-dire, l’endroit où se nourrit le cinéma pour que les films puisent exister. Ce film est dédié à Jean Eustache.»
Une caméra à la place du coeur, entretiens de Philippe Garrel avec Thomas Lescure, Editions Admiranda/Institut de l’Image, Aix-en-Provence, 1992.

J’entends plus la guitare, 1990, 98 min, 35mm, couleur
Scén.: Philippe Garrel, adaptation: Jean-François Goyet, dial.: Marc Cholodenko, dir. photo: Caroline Champetier, mus. et piano:  Faton Cohen, violon: Didier Lockwood, saxophone: Elton Dean, mont.: Sophie Coussein et Yann Dedet, son: René Levert, prod. et dist.: Gérard Vaugeois pour les Films de l'Atalante, interprétation: Benoît Régent, Johanna Ter Steege, Yann Collette, Mireille Perrier, Brigitte Sy, Anouk Grinberg, Adélaïde Blasquez, Philippe Morier-Genoud et sa famille, Édith Boulogne, Chantal Trichet, Thomas Salsman, Alexis Piccolo. Lion d'argent, Venise 1991.
Deux garçons et deux filles. Les garçons parlent des filles. Elles, de tout et de rien. Parfois, tous se taisent. Dans l’ombre d’une chambre nue, un vase est posé sur le sol. Une femme passe, arrange les fleurs. Au début, le film apparait comme une espèce de roman construit à partir de personnages réels dont on peut ignorer l’existence (Nico encore une fois rebaptisée, s’appelle Marianne, l’ami peintre, c’est Frédéric Pardo). Très vite pourtant on s’aperçoit que ce film est un palimpseste: bientôt affleure une scène (le récit d’une rupture) déjà vue dans Rue Fontaine et deux autres films. Il s’agit de la même rupture et de la même femme, mais les interlocuteurs ne sont plus les mêmes, ne disent plus tout à fait les mêmes choses.

Le vent de la nuit, 1998, 95 min., 35 mm, coul.
Scén. et dial.: Philippe Garrel, Marc Cholodenko, Xavier Beauvois, Arlette Langman, photo: Caroline Champetier (A.F.C.), mont.: Françoise Collin, décors: Mathieu Menut, mus.: John Cale, prod.: Why Not Productions, Les Films Alain Sarde, dist.: Mars Films. Int: Catherine Deneuve, Daniel Duval, Xavier Beauvois.
«Le vent de la nuit» rajoute un chapitre à une oeuvre constituée comme le feuilleton d’une vie d’homme et de cinéaste. Il s’agit ici du trajet de quatre personnages, dont trois êtres humains et une voiture. Hélène (Catherine Deneuve), la cinquentaine inquiète, au bout de son mariage et au sommet d’une beauté trahie par le temps, a décidé de tout flamber avec un étudiant des beaux-arts. Paul (Xavier Bauvois), indécis, la quitte après une après-midi d’amour et part pour Naples. Au pied d’un immeuble dominant la baie, Paul est fasciné par un coupé Porsche rouge vif. Il tourne lentement autour, tandis que Serge (Daniel Duval), le propriétaire du bolide, l’observe du haut de l’immeuble. Serge veut mettre fin à ses jours. Ils rentreront ensemble à Paris.
Magie constante de ce film: chaque plan est travaillé pour que rien n'échappe au spectateur invité à accompagner pour un temps ces personnages. Nudité d'une muraille de béton cru éclairé du rouge sang d'une voiture de sport, pauvreté d'une batterie de casseroles sur une cloison de cuisine, rayures pisseuses d'une tapisserie de chambre d'hôtel, ces «intérieurs» jurent avec l'éclat des paysages, ouvertures sur la mer d'Italie, mélancolie d'un cimetière berlinois, beauté nocturne d'une place parisienne, un jet d'eau, la croix verte de néon d'une pharmacie. Mais tout cela ne serait qu'affaire de décor si les vigoureuses beautés de ces lieux ne servaient à mieux retrouver le désarroi de personnages en mal d'être.

Dans le cadre de la rétrospective du cinéaste français Philippe GARREL, la
Biennale de l’Image en Mouvement projettera son dernier film "SAUVAGE
INNOCENCE"
, France, 2001, 125’. Un metteur en scène veut faire un film
contre l’héroïne, après avoir perdu sa compagne, morte d’une overdose. Il
confie le rôle principal à une comédienne dont il est tombé amoureux.Il ne
trouve pas de producteur ni d’argent pour son film. Un jour un type lui
propose une énorme somme d’argent pour passer une valise d’héroïne à
l’étranger. Il pourrait poduire un film dénonçant la drogue avec l’argent
même d’un trafic d’héroïne. Et comme il veut séduire la comédienne et
venger sa première femme, il accepte...
Projection unique le jeudi 8 novembre à 22h30.

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